J’aime pas les fins. Depuis que la série américaine a muté du sous-genre à l’hypergenre, je suis convaincue que le concept même de fin, happy ou pas, est révolu : comment peut-on encore regarder des films après s’être habitué au principe des saisons à répétition ? Je reste une énorme consommatrice de cinéma. Mais entrer dans une salle et en ressortir deux heures après, c’est quelque chose qui relève du rituel. On perpétue les gestes qui nous inscrivent dans le temps, qui nous rattachent au passé : acheter un ticket, le tendre à l’ouvreur, en récupérer la moitié, commander des pop corn, les manger avec une agréable sensation de désuétude.
Le « The end » ne s’inscrit plus à l’écran, mais les lumières se rallument.
Alors qu’à la grande époque de 24hChrono, j’étais bien incapable de rallumer la lumière du salon entre 2 épisodes, c’est le soleil qui finissait par se lever avant que la saison ne se termine.
J’aime pas les fins.
Et je suis née dans le bon siècle, visiblement. Les générations avant nous scandaient No futur et ils croyaient vraiment que la fin du monde aurait lieu en 2000 (ça, ou alors un gros bug informatique). Mais l’eschatologie, très peu pour nous. Le web a modifié notre rapport au temps. On est connecté H24 depuis nos iPhone, on tweete pour faire durer le présent (enfin moi je tweete pas parce que j’ai pas le temps et que je suis nulle en formule elliptique, mais les gens coolos tweetent).
J’aime pas les fins.
Quand j’étais petite, je lisais beaucoup. Et quand un roman me plaisait vraiment, je détestais l’auteur d’avoir osé conclure = de m’avoir m’abandonnée. Je voulais continuer à lire, mais il n’y avait plus de page. Je vérifiais bien, pour être sûre. J’essayais de dédoubler la dernière feuille de papier entre mes doigts pour voir si la véritable conclusion n’était pas restée collée à l’avant-dernière page. M’étant assurée que non, je cherchais désespérément d’autres mots non encore lus : les remerciements, la quatrième de couv, le code et l’année d’impression, l’avant-propos (je n’ai jamais commencé un livre par l’avant-propos. Je garde toujours l’avant-propos pour la fin, histoire d’atténuer la séparation). Je relisais plusieurs fois le nom de l’auteur, avant de me rendre à l’évidence : ce connard avait tout simplement arrêté d’écrire.
Le seul moyen que j’avais trouvé pour calmer l’angoisse (à mon avis tous les lecteurs compulsifs sont de gros angoissés), c’était de courir à la librairie acheter ses oeuvres complètes. Autant vous dire que le jour où j’ai découvert que Margaret Mitchell n’avait jamais rien écrit d’autre qu’Autant en Emporte le vent, ça m’a complètement détruite.
Je n’ai jamais aimé les fins.
Gamine, à la fin d’une chanson je rembobinais la cassette. A la fin de l’année scolaire je voulais redoubler. A la fin des vacances, je voulais mourir.
Et je ne vous parle pas du nombre d’histoires d’amour que j’ai laissé s’enliser parce que j’avais peur de proclamer la rupture.
J’aime pas les fins. J’ai failli fermer ce blog sans venir dire au revoir, comme une grosse flippée de sa race.
Parce que je ne sais pas trop comment conclure notre relation, quelqu’un.
Je regardais mes requêtes google de la semaine : il y en a un qui est arrivé ici en tapant « déodorant pour kérosène » et là j’ai réalisé que tu allais vraiment vraiment me manquer.
Si je ferme il était une fois, je serai seule au web et c’est pire que seule au monde.
Et puis j’ai compris que déserter mon blog, c’était la pire façon de conclure. Et je me suis auto-donné un cours de grammaire :
Un énoncé performatif est un discours qui a la valeur d’un acte. Il indique l’acte et il l’accomplit en même temps. Je fais ce que je dis faire. C’est un des rares cas où Dire = Agir.
Exemple :
Quelqu’un, je ferme mon blog.
Mais pas tout de suite.
Je fais le point sur ma life d’abord :
1/ Le point sur mes travaux
En ce moment, je suis vidée. Pas fatiguée, pas débordée : vide. Comme l’inverse de plein. Comme un verre d’eau sans eau dedans, je sais pas si tu vois le truc. La semaine dernière, c’était vraiment le pic de néant existentiel. J’étais même pas allongée sur mon canapé, j’étais carrément intégrée dedans, comme si j’étais devenue une molécule de housse ikéa. Parce que là tu vois, j’habite toujours mon ancien appart. Les travaux du nouveau ne sont pas terminés. Ils devaient prendre fin le 20 février mais l’entrepreneur de sa mère la putasse m’a annoncé que finalement ils auraient peut-être un peu de retard, (un peu-combien ? j’ai demandé) (un peu-un mois, il a répondu) (un mois comme 4 semaines ? j’ai demandé) (il a dit : calmez vous) (j’étais pas du tout énervée) (j’essayais très calmement de me jeter par la fenêtre) (flash back : dans mon dernier post j’avais la grippe A et j’avais annoncé ma mort, mais quelqu’un, la grippe A par rapport aux travaux, c’est un peu comme du sirop de grenadine par rapport à de l’acide sulfurique) (et tu seras gentil de ne pas me dire que ça tombe bien que mes travaux traînent vu que j’aime pas les fins). Bref, j’ai eu un genre d’idée pour me sortir du néant. Je me suis dit « je vais appeler X et je vais pleurer et il va me consoler »
X a décroché et j’ai pleuré et effectivement il a voulu me consoler :
X : Tu veux que je te raconte l’histoire de Cantona ?
Moi : L’histoire de qui ?
X : L’histoire d’Eric Cantona ?
Moi : ERIC Cantona ? WTF !!!?
J’ai failli lui raccrocher au nez mais j’étais trop vidée alors j’ai remonté la couette sur moi et j’ai mis le iPhone sur haut-parleur et j’ai écouté l’histoire d’Eric Cantona, comment il a piétiné le maillot de l’OM et signé avec Manchester et tout et tout.
Cantona j’en ai fondamentalement rien à cirer comme tu t’en doutes, mais X raconte bien les histoires. Et tu sais quoi quelqu’un ?
Ca a marché. J’ai fini par m’endormir tranquillement, sans penser à dépecer le livreur de carrelage qui viendra entre 7h et 12h samedi matin et non on ne peut pas vous donner une plage horaire plus précise. Et j’ai réalisé que raconter des histoires c’était le truc le plus coolos de la terre et que donc sérieux, faut que j’écrive un roman, parce que je suis mortellement une loseuse si j’écris pas un roman avant 30 ans. (Ou alors il faut que j’ouvre une pizzeria, parce que les pizzas c’est la seule chose dans la vie qui est au moins aussi cool que les histoires.)
2/ Le point sur les beaux :
Chers amis beaux, ne vous vexez pas si vous ne faîtes pas partie de cette liste, elle n’est pas exhaustive, je n’ai pas eu le temps de prendre tout le monde, je balance juste les beaux que j’ai en stock (dont un flou, un qui date de cet été, un mal cadré, mais bon on s’en tape parce que c’est mon dernier post et que c’est un moment dramatique donc qu’on va pas chipoter).
Adrien (pas rasé) :
Sam (pas rasé et roux) :
Doudou (pas rasé et avec des jolies bouclettes) :
Romain (rasé) (merci Romain) :
3/ Le point sur ce que ce blog m’a apporté :
- une amie pour toujours-forever- <3
- des tout premier lecteurs (si je compte pas les profs qui lisaient mes rédactions à l’école et ma mère)
- des commentaires déments
- des requêtes google dont j’espère encore pouvoir un jour trouver le sens (« minet nus en foret se lie avec des corde », « je dessine une quille militaire », « l’ours et la baleine freud », « dalida mange une fois par jour », « livre de boucher gratuit julie est amour »)
4/ Le point sur moi
Je ressemble à peu près à ça sauf que je me suis coupée les cheveux, et que je refuse catégoriquement d’être prise en photo tant qu’il n’auront pas repoussés.

Pour le moment je travaille ici et j’écris des conneries comme ça, ça ou ça. J’essaie aussi de piger à côté mais c’est putain de galère de tout gérer en même temps et en vrai, ben j’y arrive pas mais je vais essayer de mieux m’organiser.
Je crois que là j’ai fait le tour de ma vie dans les grandes lignes, alors bon ça y est :
Quelqu’un, je ferme mon blog.
Et puis merci.
Et puis voilà.
The end












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novembre 8, 2009 · 14 commentaires
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