Il était une fois sur le web

Epilogue

février 8, 2010 · 25 commentaires

J’aime pas les fins. Depuis que la série américaine a muté du sous-genre à l’hypergenre, je suis convaincue que le concept même de fin, happy ou pas, est révolu : comment peut-on encore regarder des films après s’être habitué au principe des saisons à répétition ? Je reste une énorme consommatrice de cinéma. Mais entrer dans une salle et en ressortir deux heures après, c’est quelque chose qui relève du rituel. On perpétue les gestes qui nous inscrivent dans le temps, qui nous rattachent au passé : acheter un ticket, le tendre à l’ouvreur, en récupérer la moitié, commander des pop corn, les manger avec une agréable sensation de désuétude.

Le « The end » ne s’inscrit plus à l’écran, mais les lumières se rallument.

Alors qu’à la grande époque de 24hChrono, j’étais bien incapable de rallumer la lumière du salon entre 2 épisodes, c’est le soleil qui finissait par se lever avant que la saison ne se termine.

J’aime pas les fins.

Et je suis née dans le bon siècle, visiblement. Les générations avant nous scandaient No futur et ils croyaient vraiment que la fin du monde aurait lieu en 2000 (ça, ou alors un gros bug informatique). Mais l’eschatologie, très peu pour nous. Le web a modifié notre rapport au temps. On est connecté H24 depuis nos iPhone, on tweete pour faire durer le présent (enfin moi je tweete pas parce que j’ai pas le temps et que je suis nulle en formule elliptique, mais les gens coolos tweetent).

J’aime pas les fins.

Quand j’étais petite, je lisais beaucoup. Et quand un roman me plaisait vraiment, je détestais l’auteur d’avoir osé conclure = de m’avoir m’abandonnée. Je voulais continuer à lire, mais il n’y avait plus de page. Je vérifiais bien, pour être sûre. J’essayais de dédoubler la dernière feuille de papier entre mes doigts pour voir si la véritable conclusion n’était pas restée collée à l’avant-dernière page. M’étant assurée que non, je cherchais désespérément d’autres mots non encore lus : les remerciements, la quatrième de couv, le code et l’année d’impression, l’avant-propos (je n’ai jamais commencé un livre par l’avant-propos. Je garde toujours l’avant-propos pour la fin, histoire d’atténuer la séparation). Je relisais plusieurs fois le nom de l’auteur, avant de me rendre à l’évidence : ce connard avait tout simplement arrêté d’écrire.

Le seul moyen que j’avais trouvé pour calmer l’angoisse (à mon avis tous les lecteurs compulsifs sont de gros angoissés), c’était de courir à la librairie acheter ses oeuvres complètes. Autant vous dire que le jour où j’ai découvert que Margaret Mitchell n’avait jamais rien écrit d’autre qu’Autant en Emporte le vent, ça m’a complètement détruite.

Je n’ai jamais aimé les fins.

Gamine, à la fin d’une chanson je rembobinais la cassette. A la fin de l’année scolaire je voulais redoubler. A la fin des vacances, je voulais mourir.

Et je ne vous parle pas du nombre d’histoires d’amour que j’ai laissé s’enliser parce que j’avais peur de proclamer la rupture.

J’aime pas les fins. J’ai failli fermer ce blog sans venir dire au revoir, comme une grosse flippée de sa race.

Parce que je ne sais pas trop comment conclure notre relation, quelqu’un.

Je regardais mes requêtes google de la semaine : il y en a un qui est arrivé ici en tapant « déodorant pour kérosène » et là j’ai réalisé que tu allais vraiment vraiment me manquer.

Si je ferme il était une fois, je serai seule au web et c’est pire que seule au monde.

Et puis j’ai compris que déserter mon blog, c’était la pire façon de conclure. Et je me suis auto-donné un cours de grammaire :

Un énoncé performatif est un discours qui a la valeur d’un acte. Il indique l’acte et il l’accomplit en même temps. Je fais ce que je dis faire. C’est un des rares cas où Dire = Agir.

Exemple :

Quelqu’un, je ferme mon blog.

Mais pas tout de suite.

Je fais le point sur ma life d’abord :

1/ Le point sur mes travaux

En ce moment, je suis vidée. Pas fatiguée, pas débordée : vide. Comme l’inverse de plein. Comme un verre d’eau sans eau dedans, je sais pas si tu vois le truc. La semaine dernière, c’était vraiment le pic de néant existentiel. J’étais même pas allongée sur mon canapé, j’étais carrément intégrée dedans, comme si j’étais devenue une molécule de housse ikéa. Parce que là tu vois, j’habite toujours mon ancien appart. Les travaux du nouveau ne sont pas terminés. Ils devaient prendre fin le 20 février mais l’entrepreneur de sa mère la putasse m’a annoncé que finalement ils auraient peut-être un peu de retard, (un peu-combien ? j’ai demandé) (un peu-un mois, il a répondu) (un mois comme 4 semaines ? j’ai demandé) (il a dit : calmez vous) (j’étais pas du tout énervée) (j’essayais très calmement de me jeter par la fenêtre) (flash back : dans mon dernier post j’avais la grippe A et j’avais annoncé ma mort, mais quelqu’un, la grippe A par rapport aux travaux, c’est un peu comme du sirop de grenadine par rapport à de l’acide sulfurique) (et tu seras gentil de ne pas me dire que ça tombe bien que mes travaux traînent vu que j’aime pas les fins). Bref, j’ai eu un genre d’idée pour me sortir du néant. Je me suis dit « je vais appeler X et je vais pleurer et il va me consoler »

X a décroché et j’ai pleuré et effectivement il a voulu me consoler :

X : Tu veux que je te raconte l’histoire de Cantona ?

Moi : L’histoire de qui ?

X : L’histoire d’Eric Cantona ?

Moi : ERIC Cantona ? WTF !!!?

J’ai failli lui raccrocher au nez mais j’étais trop vidée alors j’ai remonté la couette sur moi et j’ai mis le iPhone sur haut-parleur et j’ai écouté l’histoire d’Eric Cantona, comment il a piétiné le maillot de l’OM et signé avec Manchester et tout et tout.

Cantona j’en ai fondamentalement rien à cirer comme tu t’en doutes, mais X raconte bien les histoires. Et tu sais quoi quelqu’un ?

Ca a marché. J’ai fini par m’endormir tranquillement, sans penser à dépecer le livreur de carrelage qui viendra entre 7h et 12h samedi matin et non on ne peut pas vous donner une plage horaire plus précise. Et j’ai réalisé que raconter des histoires c’était le truc le plus coolos de la terre et que donc sérieux, faut que j’écrive un roman, parce que je suis mortellement une loseuse si j’écris pas un roman avant 30 ans. (Ou alors il faut que j’ouvre une pizzeria, parce que les pizzas c’est la seule chose dans la vie qui est au moins aussi cool que les histoires.)
2/ Le point sur les beaux :

Chers amis beaux, ne vous vexez pas si vous ne faîtes pas partie de cette liste, elle n’est pas exhaustive, je n’ai pas eu le temps de prendre tout le monde, je balance juste les beaux que j’ai en stock (dont un flou, un qui date de cet été, un mal cadré, mais bon on s’en tape parce que c’est mon dernier post et que c’est un moment dramatique donc qu’on va pas chipoter).

Adrien (pas rasé) :

Sam (pas rasé et roux) :

Doudou (pas rasé et avec des jolies bouclettes) :

Romain (rasé) (merci Romain) :

3/ Le point sur ce que ce blog m’a apporté :

- une amie pour toujours-forever- <3

- des tout premier lecteurs (si je compte pas les profs qui lisaient mes rédactions à l’école et ma mère)

- des commentaires déments

- des requêtes google dont j’espère encore pouvoir un jour trouver le sens (« minet nus en foret se lie avec des corde », « je dessine une quille militaire », « l’ours et la baleine freud », « dalida mange une fois par jour », « livre de boucher gratuit julie est amour »)

4/ Le point sur moi

Je ressemble à peu près à ça sauf que je me suis coupée les cheveux, et que je refuse catégoriquement d’être prise en photo tant qu’il n’auront pas repoussés.

Pour le moment je travaille ici et j’écris des conneries comme çaça ou ça. J’essaie aussi de piger à côté mais c’est putain de galère de tout gérer en même temps et en vrai, ben j’y arrive pas mais je vais essayer de mieux m’organiser.

Je crois que là j’ai fait le tour de ma vie dans les grandes lignes, alors bon ça y est :

Quelqu’un, je ferme mon blog.

Et puis merci.

Et puis voilà.

The end

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99 (du beau, du lol, du génie)(et de l’épidémie aussi)

novembre 30, 2009 · 29 commentaires

Oui, quelqu’une, je vais te montrer le Beau de la semaine, mais d’abord, un peu de lol… 

Y A ECRIT MA GRIPPE A

Je donnerais toutes mes vannes de l’année pour avoir pris cette photo (qui n’est pas de moi donc). Je l’ai vue passer il y a quelques semaines sur facebook et depuis, je voue une sorte de culte à son auteur, Eric D.B. A l’époque, je n’avais aucune raison légitime de la voler. Aujourd’hui c’est différent. Aujourd’hui, j’ai la grippe A. Et comme je vais bientôt mourir, ça me donne le droit d’exploiter le talent des autres. Le médecin d’en bas de chez moi – qui s’obstine à vouloir être mon médecin traitant, alors que je prévois d’en changer dès que j’aurais le temps parce que 1) il parle beaucoup 2) il dédramatise toutes mes souffrances – dit que je ne vais pas mourir et que je n’aurai pas non plus un oedème au poumon. Déception : je ne vois pas bien l’intérêt d’avoir la grippe A si des symptômes monstrueux ne me distinguent pas du commun des grippés. Il dit aussi qu’il ne faut pas croire tout ce qu’on voit à la télé (son scepticisme me chagrine beaucoup), des cas de grippe, il en a lui-même connu d’autrement plus graves, en 1957 par exemple, <blablabla> des milliers de gens alités avec 40° de fièvre </blablabla>, et que non il ne va pas me prescrire du tamiflu, juste de vulgaires antibiotiques.

Si vous envisagez de me plaindre/m’envoyer des cadeaux/me dire adieu, il serait bon de savoir que mon médecin est sénile et qu’il ne faut apporter aucun crédit à ce qu’il raconte. D’ailleurs il n’y a jamais personne d’autre que moi dans sa salle d’attente. Evidemment je vais mourir bientôt.

Après la consultation, j’ai été faire des courses, en prévision de ma quarantaine et puis parce que quand on est malade, il faut manger sainement.

(vous noterez que les chips sont light).

Et là ma banquière m’a appelée. Je n’ai pas répondu. Elle m’a laissé le 119ème message de la journée :

« Il faut absolument que nous prenions rendez-vous. Depuis deux semaines, il y a des mouvements suspetcs sur votre compte… 

Quels mouvements suspects ? C’est pas des mouvements suspects, c’est des soldes de presse.

Si vous ne me rappelez pas, je vais devoir bloquer votre carte. »

Je l’ai rappelée, donc.

Elle : Est-ce que vous pouvez venir maintenant ?
Moi : Je…

J’ai failli dire « Je ne peux pas, j’ai la grippe A, je suis contagieuse ». Mais j’ai repris mes esprits juste à temps. 

Moi : Je peux être là dans 1/4 d’heure.

Parce que le comble de l’épidémie, ça serait que ma banquière y échappe.

Sinon, après François le papillon, je vous présente Tom le sosie.

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98 (Novembre + Ajaccio-Calvi par la côte)

novembre 25, 2009 · 14 commentaires

J’ai rêvé que je faisais la route Ajaccio/Calvi par la côte en solex.

 Ceux qui ne remarqueraient pas que je m’améliore en dessin sont bannis de ce blog.

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97 (du post racoleur pour les filles)

novembre 23, 2009 · 24 commentaires

Mes amis sont beaux. Jusqu’ici ça ne m’était pas d’une grande utilité (attention, révélation : je préfère les moches) (pas par esprit de contradiction, mais par conviction darwiniste : les moches ont dû développer d’autres qualités pour pouvoir se reproduire). Bref, mes beaux amis ne me servaient à rien. Mais comme c’était vraiment dommage toute cette Beauté sans but, cet esthétisme désintéressé, j’ai eu l’idée de les utiliser comme appât à lectrices. Parce que bizarrement ce blog attire plus de lecteurs que de lectrices et pourtant je fais des efforts, je raconte les soldes de presse, j’annonce que je vais manger des haricots verts, je mets des photos de plantes vertes, mais bon apparemment ça suffit pas. 

J’inaugure donc une rubrique hebdomadaire qu’on appellera sobrement « le beau de la semaine ». C’est une rubrique éphémère, parce qu’elle prendra fin quand j’aurai épuisé tous mes beaux amis. 

On commence par François :

dsc01577

NB : François est une anomalie de la nature : il a 3/4 d’oeil gauche bleu et 1/4 d’oeil gauche marron. Nous rapprocherons donc la Beauté de François de celle du paon ou du papillon multicolore, illustrant ainsi la théorie du stimulus supranormal.

Oui, le lien wikipédia, c’est pour donner un semblant de légitimité à cette nouvelle rubrique.

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96 (weirdos et epic fail)

novembre 20, 2009 · 7 commentaires

Hier, X m’a appelée.

X :

Qu’est-ce que tu fais ?

Moi :

Heu… là, rien.

X :

Bon, ben je te rappellerai alors.

 

 

Et il raccroche. Mes amis sont bizarres.

Je rappelle immédiatement.

 

 

Moi :

Tu t’es trompé de numéro ou quoi ?

X :

Non, je voulais vraiment t’appeler mais  j’avais pas envie de te parler.

 

 

Bon, ça c’était pour le weirdo.

Et pour l’epic fail :

Ma copine Sophie nous a inscrites toutes les deux à un tournoi de poker féminin. C’était hier soir à 20h. Il y avait 120 filles et les dix premières gagnaient un truc.

J’ai fini à 2h30 du mat.

Onzième.

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novembre 16, 2009 · 11 commentaires

Rien ne me rend plus triste au monde que ça :

PS : Notez qu’il est 2h08 du matin et que je me tape une crise de nostalgie en écoutant Tétris.

PS 2 : Dans le même genre de musique pernicieuse : pop corn de Hot Butter (mais bon, ça je le mets en Post Scriptum 2 parce qu’il faut avoir déjà été au cinéma d’ajaccio dans les années 90 pour comprendre et ça réduit considérablement le nombre de lecteurs intéressés) (ça réduit même ce nombre à une seule personne) (la subtilité de ce message t’échappe peut-être) (soit tu t’es fait manger par un kangourou, soit tu as zéro excuse pour ne pas m’appeler).

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94 (Héroïsme de la fille)

novembre 10, 2009 · 10 commentaires

Juste un truc : il est 22h28 et je suis encore au bureau.

 

 

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novembre 8, 2009 · 14 commentaires

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novembre 3, 2009 · 9 commentaires

On a tous eu un âge où l’on imaginait sérieusement que nos peluches pouvaient très bien parler, si l’envie leur en prenait. La pensée magique est une phase naturelle du développement de l’enfant.

Le souci c’est quand le phénomène persiste, passé 26 ans.

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En me réveillant ce matin, l’espace d’une demi-seconde, j’ai pensé Tiens, le ficus essaie d’ouvrir la fenêtre, avant de me souvenir que je l’avais posé là hier soir, pour pouvoir passer l’aspirateur.

Et le pire, quelqu’un, tu veux que je te dise ?

C’est que j’étais déçue.

* je sais, ce n’est pas vraiment un ficus, mais « ficus » est le seul nom de plante que je connais, avec « cactus » (et de toute évidence ce n’est pas non plus un cactus)

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novembre 1, 2009 · 11 commentaires

Je suis entrée dans un cercle vicieux qui réduit mon activité de bloggeuse à néant : mon nouveau métier consiste à écrire des conneries sur internet. Je suis vraiment payée pour ça. Et c’est très cool, mais ça me prend 8h par jour et quand je rentre chez moi, je suis à court d’inspiration. C’est plutôt une bonne nouvelle : ça veut dire que mon stock de connerie n’est pas inépuisable. J’ai donc envisagé la perspective de transformer Il était une fois en un blog intelligent. Mais force est de constater que je n’ai pas les moyens de mes ambitions. Les seuls sujets de post qui me sont venus à l’esprit ces dernières semaines étaient, dans l’ordre : 1/ la fréquence de mes pauses pipi ; 2/par association d’idées : un questionnement sur la taille de ma vessie ; 3/ Une réflexion plus générale, plus approfondie, sur l’influence de la taille d’une vessie dans le cadre professionnel et la mythologie machiste qui pourrait en découler (à raison de combien de pauses par jour peut-on considérer qu’une femme devient moins productive qu’un homme, si tant est qu’il soit prouvé que la vessie féminine est moins volumineuse que la vessie masculine ?). 

J’ai aussi eu la bonne idée de retaper un amas de gravats et de moisissures au 6ème étage sans ascenseur d’un immeuble en ruine pour le transformer en espace habitable. Je n’ose pas encore employer le mot appartement. J’ai une théorie selon laquelle l’usage prématuré d’un terme porte malheur. Dans une certaine mesure, pourtant, ce lieu est déjà, sinon habitable, du moins habité. Un jour j’y ai été pour faire un relevé des côtes (je passe mes nuits à dessiner des plans, puis je me rends sur place et là je réalise que l’espace dans lequel j’envisageais de mettre une baignoire + un lavabo + un WC mesure 1 mètre 50 de long sur 1 m 30 de large).

La clef coinçait dans la serrure. 

J’étais là, devant ma porte, et l’idée que justement ce soit MA porte et que je sois incapable de l’ouvrir m’a semblé tragique. J’ai voulu appeler quelqu’un, pour m’aider. Et puis je me suis dit que si j’avais besoin d’aide pour tourner une clef dans une serrure, ça n’était pas de très bon augure pour la suite des travaux. Il fallait bien que j’apprenne à me débrouiller. C’était devenu symbolique. Soit j’ouvrais cette porte, soit ma vie entière était vouée à l’échec. J’ai essayé encore. Au bout de 20 minutes, je me suis sentie seule au monde, nulle et moche. J’allais me mettre à pleurer, mais au lieu de ça, j’ai fait un truc parfaitement stupide : j’ai tapé à la porte. 

Un monsieur m’a ouvert. Je rappelle que ce trou à rats m’appartient (NB : la notion de possession peut s’appliquer à un amas de gravats et de moisissures). Et il n’existe qu’un seul jeu de clefs ; or j’avais justement ces clefs dans la main. J’ai demandé au monsieur comment il était entré.  Il m’a dit « Pas appeler la police ». J’ai demandé si moi, je pouvais entrer. Il m’a dit « Pas appeler la police ». 

J’ai fini par comprendre qu’il était passé par le toit (oui, il y a des trous dans le toit) (des trous assez larges pour laisser passer un homme) (c’est une bien belle acquisition que j’ai faite là).

Squatteur s’obstinait à croire que j’allais appeler la police. Et moi, pour être honnête, j’avais un peu peur qu’il me fracasse le crâne avec un morceau de plâtre. Il répétait « j’ai des papiers » et je répétais « mais c’est pas le problème » et aucun de nous deux n’écoutait l’autre. Finalement, on s’est calmé et je lui ai proposé un deal. Il peut rester, jusqu’à ce que les travaux commencent. Après il faudra qu’il trouve un autre endroit où habiter.

Depuis, Squatteur et moi, on est presque devenu pote. Hier, il a fait un truc incroyable. J’ai tapé à la porte. Pas de réponse. J’ai appelé : « Squatteur » (je connais pas son prénom). Il a ouvert tout excité. Il m’a dit « attends, attends » et il m’a refermé la porte au nez. J’ai attendu 2 minutes. J’ai dit « Squatteur, t’es relou, j’ai pas que ça à faire ». Il m’a laissée entrer. Ca sentait le paic citron. Il y avait une serpillière par terre. Il avait fait le ménage.

Il a lavé les gravats.  

Bon bref, tout ça pour te dire, quelqu’un, que transformer un squatt en appartement de fille, ça me prend pas mal de temps. Je n’avais déjà pas une vie sociale trépidante, mais là, Squatteur est en passe de devenir mon meilleur ami.

Je pourrai aussi te raconter que tout le monde me hait sur mon nouveau lieu de travail, que mes collègues veulent ma mort et que je suis fatiguée mais je ne le ferai pas, parce que, la fille qui trouve un nouveau boulot + achète un *lieu où habiter un jour* et se plaint encore, franchement, si c’était pas moi, je l’aurais butée. 

Sinon, je me suis renseignée : « Le remplissage maximal habituel de la vessie est d’une capacité physiologique de 400 à 700 ml chez l’adulte. De manière physiologique, la contenance de la vessie est en moyenne plus élevée chez les hommes que chez les femmes et la sensation de besoin se fait ressentir à partir d’environ 300 mL ». (source : wikipédia)

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