1/ La mégalomanie
Puisque la blogueuse est l’héroïne de son blog, elle éprouve quelques difficultés à accepter son anonymat offline. Elle vit donc tout évènement médiatique comme une injustice. Mahmoud Ahmadinejad a été réélu m’enfin elle a héroïquement réussi à déboucher son évier avec une baguette de sushi et pas un mot au 20h, rien, niet, nada, bravo la télévision française, vive la désinformation, TF1 nous manipule, apparemment y a des infos qui dérangent : oui, j’ai débouché mon évier avec une baguette de sushi, je ne me tairai pas, no way, la liberté de la presse est un combat quotidien, soutenez le web.
[Je viens d’indexer "Mahmoud Ahmadinejad" et "baguette de sushi" : je pense que ça peut aider les journalistes qui cherchent de l'info sur internet.]
Je vous communiquerai également le nombre d’internautes qui googlent “ Mahmoud Ahmadinejad & baguette de sushi “. Car il y en aura au moins un. C’est des ouf-malades. Ils googlent des choses que vous pouvez pas imaginer. Ils googlent des choses qui n’existent même pas (cette semaine : “photo pénis artificiel transgenre”, “aime comme minet”, “scenes x ejaculation sur lunettes”, “brillant photo de jesus et marie”, “comment faire l’amoure avec un grand cul”. A l’époque, je faisais des blagues à ce propos, jeune et insouciante que j’étais. Depuis quelqu’un est arrivé sur mon blog en tapant “tache d’encre sac dreyfuss blanc”. Alors, aujourd’hui, je vous le dit : on ne peut pas rire de tout. )
2/ La mythomanie
La blogueuse utilise la narration comme mécanique de valorisation. Donc il ne faut pas croire tout ce qu’elle dit (exceptionnellement, pour l’exemple, je vais réhabiliter un élément de vérité : j’ai essayé de déboucher l’évier avec une baguette de sushi. Ca a pas marché.)
3/ La manipulation
Les gens qui entourent la blogueuse n’ont pas d’autre but que de servir ses desseins bloguesques. Ses collègues du bureau, par exemple, se trouvent dotés d’un riche potentiel narratif. A eux seuls, ils peuvent alimenter je dirais facile 2/ 3 années de blogging. [Le manager de pôle est en train de se curer le nez à deux mètres de moi et ça c’est pas grand-chose si on considère qu’il vient PROBABLEMENT DE NOUS REFILER LA GRIPPE PORCINE]
4/ L’angoisse de mort
La période d’incubation est de 7 jours + 7 jours pour la phase de contagion. Sachant que le manager de pôle est rentré la semaine dernière de ses vacances AU MEXIQUE, si j’arrête subitement de bloguer d’ici vendredi, VOUS POUVEZ VOUS INQUIETER*.
* Désolée, les majuscules sont un symptôme de stress.
5/ L’égocentrisme
La blogueuse n’est pas certaine que les gens aient une réalité en dehors des moments où elle les appréhende. Il est possible qu’ils disparaissent dès qu’elle tourne le dos. Conservons l’exemple des collègues, par pure pédagogie : elle n’a aucune preuve qu’ils continuent d’exister après qu’elle a quitté le bureau. Elle a du mal à imaginer qu’ils rentrent chez eux, s’arrêtent au supermarché sur le chemin, achètent, je sais pas, moi, du ketchup, car, on est bien d’accord : personne de réel n’aurait l’idée de partir en vacances au Mexique ALORS QUE L’ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTE ANNONCE UNE ALERTE PANDEMIQUE DE NIVEAU 6 !!!!!!!
6/ Le narcissisme primaire
Pour la blogueuse, le monde se divise en 3 catégories :
- la blogueuse elle-même,
- ceux qui lisent son blog,
- et les autres.
Les autres sont des rats d’égouts et des gueux.
7/ La dynamique de culpabilité
Passé 2 jours sans rien poster, la blogueuse culpabilise. La constance est une de ses nombreuses qualités, mais surtout, elle est convaincue que si elle ne nourrit pas ses lecteurs au rythme minimum de 3 posts/semaine, ils vont l’abandonner et elle mourra seule, délaissée de tous, convulsée dans d’atroces souffrances.
8/ Le déni de la réalité
La blogueuse dort avec son ordi dans les bras a aussi une vie en dehors d’internet, et le moindre commentaire la met en état de transe elle n’a pas toujours le temps de répondre à vos coms, le web ça va bien, mais faut savoir sortir la tête du clavier de temps en temps, voir des vraies gens vous êtes ses seuls amis.

Merci Chri, pour cette illustration, preuve suplémentaire, si besoin est, de ton immense talent ; les quelqu’uns et moi-même tenons à exprimer toute notre gratitude (je sais pas si vous avez remarqué, mais y a plus de dessin le dimanche, genre Chri, elle est trop occupée en ce moment, alors je tente le chantage affectif).
9/ L’angoisse d’abandon
La blogueuse consulte ses stats approximativement toutes les 10 minutes, aaaarrrg, il y a 2 lecteurs de moins que hier à la même heure, elle va mourir seule, délaissée, convulsée… etc.
10/ La schizophrénie
La blogueuse n’est pas elle-même schizophrène. Mais puisqu’on aborde le sujet, elle tient à signaler qu’elle éprouve une sainte frayeur de certains commentateurs - également appelés “stalkers” - chez qui elle décèle une nette tendance à la schizophrénie. Si tu prends différents pseudos pour commenter sur mon blog et que tu te réponds à toi même en disant “non, je ne suis pas du tout d’accord avec ce que **** a dit”, **** se trouvant être toi-même, tu peux légitimement te sentir visé. Partant de là, tu as 3 possibilités : soit réunir tes diverses personnalités en une seule, soit continuer d’être fou, mais sur le blog de quelqu’un d’autre, soit manger du thon cru aux asperges, c’est très bon pour la santé (toujours meilleurs que les oreilles de tes voisins en tout cas).
[A ce propos, je vous conseille un excellent post (attention je m'apprête à linker une meuf qui prône la vente de moissonneuse batteuse à usage sexuel) un excellent post, je disais (putain, quand je pense que je la linke gentiment, alors qu'elle traîne mon nom dans la boue), un excellent post, donc.]
12/ La pensée magique
La blogueuse est fort portée sur les fantasmes. Elle pense que les dévoiler sur son blog leur confère une forme de réalité. Par exemple, lorsqu’elle sera invitée à la télévision et que Eric Zemmour lui demandera, mais alors, comment expliquez-vous ce phénomène, il était une fois sur le web est aujourd’hui traduit en 29 langes et pourtant vous êtes restée la même, modeste, naturelle, idyllique en tous points, ô, ô, eric, eh bien, c’est grâce à l’amour de mes proches, que j’ai pu surmonter la terrible épreuve de la célébrité, ha,ha Julie, quel style, quel style, mais que fait Edward Norton ? Appelez la sécurité, vite, il enlève Julie F. ! ô, ô edwourd, voyons, edwourd… Vous voulez me séquestrer ? Dans une maison sur la plage ? You want to sequestrate myself ? Into a house on the beach ? No, I won’t be your sex slave, never, do you hear me, edwourd ? (ouais ça se prononce ed-wourd avec l’accent).
Avertissement : toute référence à “la blogueuse” ne vise personne d’autre que moi-même. Il existe peut-être des blogueuses parfaitement saines d’esprit. Cela permettrait d’équilibrer la blogosphère majoritairement peuplée de cas cliniques, (je sais, c’est moche de récidiver, mais autant vous prévenir : je prévois d’en faire un running gag).
PS : il manque le point n°11. Ce n’est pas une erreur. J’ai sauté le 11, parce que j’aime pas le nombre 11. Voilà. Voilà.